Juriste du mois de Janvier 2016

Juriste du mois de Janvier 2016

Amina OUEDRAOGO/TRAORE, ancienne Présidente de l’AFJ/BF

Propos recueillis par Marine Gourvès – Volontaire à l’AFJ/BF

Amina OUEDRAOGO/TRAORE est un des membres fondateurs de l’Association des Femmes Juristes du Burkina Faso (AFJ/BF). Première femme burkinabé à avoir occupé, les fonctions de Vice Présidente de la Cour Suprême et Médiateur du Faso, elle est très engagée  dans la lutte pour la promotion, la protection et la défense des droits de la femme.

Retour sur le parcours d’une femme juriste qui force le respect.
Pouvez-vous revenir sur le contexte dans lequel l’AFJ/BF a été créée?
C’est  en 1993 qu’un  groupe de femmes, composé des magistrats, des avocates, des juristes de banque, des notaires, ont décidé  de promouvoir les droits des femmes en créant cette association.
Mais il convient de retenir que c’est l’avènement de la révolution qui a permis un  véritable éveil de la conscience des femmes par rapport à leur participation  à la vie publique. Cela s’est traduit par la création de plusieurs associations féminines. Celles-ci avaient pour objectifs entre autres de permettre l’autonomisation des femmes par la création d’activités génératrices de revenus. Certaines ont eu recours à notre association pour appuyer leurs activités.
Par la suite, l’AFJ/BF a élaboré des projets, obtenu des financements du CECI, la Banque Mondiale, l’UNICEF, du PADEG, de DED…
Au début nous ne disposions pas de local ; les réunions se tenaient  soit dans nos bureaux, soit au palais de justice en dehors des heures de service ou pendant les weekends. Puis, l’AFJ/BF a pu louer des bureaux dans un immeuble bien placé au centre ville de Ouagadougou.

Pourquoi avoir adhéré au mouvement associatif ?
Quand j’intégrais le corps de la magistrature, j’étais tenue à l’obligation de réserve. Mais depuis mon enfance, j’ai toujours été encline à me rendre utile aux autres, à manifester ma solidarité avec mes sœurs, à faire « le social » (comme on le dit chez nous.) C’est ainsi que je me retrouve bien dans le mouvement associatif d’où mon engagement à l’AFJ/BF.
Pourriez-vous revenir sur votre carrière?
J’ai fait des études de droit dans des facultés en Afrique et en France. J’ai effectué un stage à l’école de Magistrature section internationale de Paris. Rentrée au pays j’ai eu a occuper les fonctions de suivantes :

  • Substitut au procureur de la république
  • Juge d’instruction au Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou,
  • directrice de la législation au ministère de la justice à Ouagadougou
  • Conseiller à la Haute Cour Judiciaire
  • Membre de la chambre constitutionnelle de la Cour Suprême
  • Conseiller à la chambre judiciaire de la Cour Supérieure
  • Vice Présidente à la Cour Suprême
  • Procureur Général à la Cour des Comptes
  • Médiateur du Faso

Vous avez été la première femme à occuper certains de ces postes de responsabilité –  les hommes ne vous prenaient-ils pas de haut?
Je ne l’ai pas ressenti ou remarqué. Il faut savoir que dans le corps de la Magistrature, le respect de la hiérarchie prime, quelque soit le sexe et les femmes sont nommées sur les mêmes critères que les hommes.
Que répondriez-vous à quelqu’un qui affirme que les hommes et les femmes ne peuvent pas occuper les mêmes fonctions?
Cette opinion n’est pas d’actualité. Les hommes qui pensent que les hommes et les femmes ne peuvent pas exercer les mêmes fonctions manquent d’information. Je pense qu’à part certains travaux dont la pénibilité est importante, les hommes et les femmes peuvent exercer parfaitement les mêmes fonctions
Vous avez été soutenue par votre famille lors de vos études?
Mes parents m’ont toujours soutenue et encouragée dans mes études. Je fais partie des enfants privilégiés dans la mesure où mon père était un haut fonctionnaire de l’Etat, ma mère institutrice. Ils nous encadraient à la maison ; ils étaient très rigoureux pour le travail. Ils m’ont appris à reconnaître les excès dans toute chose et à les éviter.

Pourquoi avoir choisi la magistrature?
Après avoir obtenu ma licence en droit, mon dossier de candidature pour la magistrature a été accepté ; c’est ainsi que j’ai effectué mon stage à Paris et à Angers en France. Pour moi, c’est un des métiers les plus nobles qui demande la compétence, la rigueur, une grande capacité d’écoute, une grande maîtrise de soi, la discrétion.
C’est une fonction qui peut effrayer les jeunes femmes?
Je ne crois pas, bien au contraire ! Je trouve qu’elles ont beaucoup d’aptitude à exercer ce métier qui peut être exaltant. Un exemple : le programme des peace-corps pour la scolarisation des jeunes filles et leur maintien à l’école, demandait à des femmes hauts cadres d’accueillir des jeunes filles de la classe de 4ème dans leur domicile pendant une semaine. Ces jeunes filles avaient l’opportunité de voir comment ces femmes hauts cadres pouvaient concilier leur vie professionnelle et leur vie de famille. C’était pour leur faire comprendre qu’il leur fallait pousser leurs études, obtenir des diplômes et fonder un foyer ; que cela n’était pas incompatible mais qu’il fallait prioriser les études.
Qu’est ce qu’être médiateur du Faso ?
Le médiateur du Faso est un organe intercesseur gracieux entre l’Administration Publique et les administrations ; c’est-à-dire qu’il est compétent pour connaître des différends qui opposent l’administré (personne physique ou morale) à l’Administration Publique au sens large du terme.
Vous êtes optimiste au sujet de l’égalité d’accès à des postes à responsabilités, pourtant lorsqu’on regarde les chiffres, on constate qu’il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes dans le secteur public.
C’est vrai, c’est un phénomène qui vient de la base. Comme je vous le disais, les jeunes filles se marient tôt et quittent l’école. On parle d’un étau qui se resserre plus leur âge augmente. Mais une fois cet étau passé, les concours sont accessibles à tous et l’égalité des chances prévaut puisqu’ils sont anonymes. J’ai moi-même passé des concours et des tests donc je n’ai pas subi de discriminations dans mon travail ou ma carrière.

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